« Non vraiment, on aurait beau chercher, on ne pourrait rien trouver à redire... une vraie surprise, une chance... une harmonie exquise »... Ainsi aurait pu débuter une introduction à l'œuvre de Collandre... en insistant sur les jeux prismatiques de couleur et de lumière, la subtilité des compositions, la matière rehaussée de collages arachnéens.
Or voilà ce murmure de l'artiste : « après tant d'années de dessin, de peinture, j'ai pu m'échapper de la réalité. » ... et entre, le dessin, la peinture, la technique, pour combler cet écart, dans une attente rêveuse, la main esquisse des formes, engendre des lumières... elle enregistre, ferme les yeux, recherche, provoque parfois, carnet ouvert, doucement, paisiblement elle continue de rassembler des éclats du réel. Son regard vagabond se pose sans se fixer sur ce qui pourrait faire tableau. Dans cet abandon elle se détache du quotidien et d'elle même comme peintre et l'œil se fait kaléidoscope.
L'artiste joue avec cet ensemble disparate qui apparaît sous son regard neuf, transformant à sa guise, interprétant, ajoutant ou retouchant, élaborant, déstructurant, métamorphosant ce matériau... son réel. Elle comble les vides au gré de sa fantaisie, souligne selon son humeur, prolonge tel trait, supprime tel autre. Tout est possible. Elle interprète, elle s'amuse c'est sûr. Tout valse à l'envie, c'est la vie. En couleurs, lumières, prismes, à-plats, collages, le tableau est devenu objet de rêverie.
Collandre nous donne à ressentir, à voir, à s'émouvoir. Elle s'expose. Il a été dit que « nous vivons pour désapprendre l'extase » réjouissons-nous qu'elle nous convie à réapprendre. |